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Guide · 7 min

HAP et sapeurs-pompiers : peau, tenue, risques

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont l'indicateur de référence de la contamination par les fumées d'incendie. Comment ils atteignent la peau et les tenues, ce que montrent les études, et les gestes qui réduisent l'exposition.

Mis à jour le 29 octobre 2026

L'essentiel

  • Les HAP sont dans toutes les suies. Ils se forment dès qu'une matière organique brûle mal : bois, plastiques, mobilier, carburants, végétation.
  • La peau est une voie d'entrée majeure. Après un feu, les métabolites de HAP mesurés dans les urines de pompiers sont en moyenne 3 à 5 fois plus élevés qu'avant, et les auteurs désignent le contact cutané comme une voie importante.
  • Les gestes simples marchent, en partie. Une lingette sur le cou réduit de moitié environ la contamination ; un nettoyage humide de la veste sur place en retire la grande majorité.
  • Le lavage ne retire pas tout. Les HAP les plus lourds, qui sont aussi les plus cancérogènes, résistent le mieux au lavage des tenues.

Que sont les HAP ?

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont une famille de plusieurs centaines de composés formés lors de la combustion incomplète de la matière organique. Ils se fixent sur les particules de suie et se déposent sur tout ce que la fumée touche : peau, cagoule, tenue, matériel, cabine des engins.

Le plus étudié est le benzo[a]pyrène, classé cancérogène pour l'homme (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Les HAP servent d'indicateur de référence de la contamination par les fumées d'incendie dans les études internationales sur les sapeurs-pompiers. En France, les suies de combustion relèvent du tableau n° 16 bis des maladies professionnelles, dans lequel la lutte contre l'incendie a été inscrite pour les tumeurs de la vessie et des voies urinaires.

Comment ils atteignent le sapeur-pompier

Par la peau

Les suies passent par les interfaces de la tenue : cou, mâchoire, poignets, chevilles. L'absorption cutanée augmente avec la chaleur et la transpiration, deux conditions réunies sur un feu. Les mains sont très exposées lors de la recherche et du déblai, et le contact se prolonge tant que la peau n'est pas nettoyée.

Par la respiration

Quand l'ARI est retiré trop tôt, pendant le déblai, sur les feux de végétation où il n'est généralement pas porté, ou au contact de tenues qui continuent de dégazer pendant le retour en engin.

Par la bouche

Mains, gourdes ou nourriture consommées sans s'être lavé les mains.

Ce que montrent les études

Métabolites urinaires
À Ottawa, les métabolites de HAP dans les urines de pompiers étaient en moyenne 3 à 5 fois plus élevés après un feu qu'avant. Les auteurs désignent le contact cutané comme une voie d'exposition importante [2].
Zones de peau
Dans des feux expérimentaux, les mains des équipes engagées à l'intérieur étaient les plus contaminées, et le cou l'était chez ceux qui ne portaient pas de cagoule [1].
Lingettes
Des lingettes nettoyantes passées sur le cou ont réduit la contamination en HAP de 54 % en médiane [1].
Tenue sur place
Sans décontamination, la contamination des vestes augmentait à chaque feu. Un nettoyage humide au savon sur place l'a réduite de 85 % en médiane, une brosse à sec de 23 %, et le soufflage à l'air n'a eu quasiment aucun effet [1].
Lavage des tenues
En laboratoire, avec les doses de lessive recommandées, une partie seulement des HAP lourds (cinq et six cycles) est retirée ; il faut des doses bien plus élevées pour dépasser 80 % [3]. Sur des cagoules, le lavage courant retire environ 80 % des HAP [4].

Réduire l'exposition de la peau

  1. Porter la cagoule et des gants adaptés, et garder les interfaces fermées pendant le feu et le déblai.
  2. Nettoyer visage, cou, mains et poignets avec des lingettes dès la sortie de la zone, avant de boire ou de manger.
  3. Se déshabiller dans une zone dédiée, ensacher les EPI souillés et les transporter hors de la cabine.
  4. Se doucher au plus tôt et changer de tenue.
  5. Faire laver les EPI avant toute réutilisation, sans jamais les ramener à domicile.

Ces gestes reprennent les principes du guide de doctrine opérationnelle de la DGSCGC sur la toxicité des fumées, que chaque SDIS décline dans ses propres protocoles.

Mesurer, pour savoir où l'on en est

Aujourd'hui, mesurer les HAP sur la peau ou une tenue passe par un prélèvement envoyé en laboratoire : des résultats en plusieurs jours, trop tard pour savoir si un agent ou une tenue est réellement propre après la décontamination. En pratique, l'efficacité des gestes est surtout appréciée à l'odeur et à l'aspect visuel.

VB Safety développe un capteur de contrôle sur les lieux des niveaux de contamination post-incendie. En attendant, tracer chaque intervention et chaque décontamination reste le moyen de documenter l'exposition de chaque agent : c'est ce que fait VB CMR.

Questions fréquentes

En bref

Les HAP passent-ils vraiment par la peau ?

Oui. Les métabolites de HAP mesurés dans les urines de sapeurs-pompiers augmentent nettement après un feu, et les études désignent le contact cutané comme une voie importante, d'autant plus que la chaleur et la transpiration favorisent l'absorption.

Quelles zones de peau sont les plus touchées ?

Les interfaces de la tenue : cou, mâchoire, poignets, ainsi que les mains, surtout lors de la recherche et du déblai.

Les lingettes suffisent-elles ?

Non, mais elles aident : dans une étude, elles ont réduit de moitié environ la contamination du cou. Elles ne remplacent pas la douche au plus tôt ni le lavage des EPI.

Le lavage des tenues enlève-t-il tous les HAP ?

Non. Les HAP les plus lourds, qui sont aussi les plus cancérogènes, résistent le mieux au lavage, et la contamination s'accumule si la tenue n'est pas nettoyée entre deux feux.

Les feux de végétation sont-ils concernés ?

Oui. La fumée de végétation contient des HAP et des particules fines, et l'ARI n'y est généralement pas porté : l'exposition passe alors aussi par la respiration.

Pour aller plus loin : maladies professionnelles des sapeurs-pompiers · affiche décontamination · VB CMR pour les SDIS.